Radios communautaires : intégrer l’intelligence artificielle sans rompre le lien de confiance avec les communautés

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KNL

NOTE D’ORIENTATION

Journée mondiale de la radio (13 février)
Intelligence artificielle et transformation de la radio communautaire

1. Contexte et justification

Proclamée le 13 février 2011 par les États membres de l’UNESCO, puis adoptée en 2012 par l’Assemblée générale des Nations Unies comme Journée internationale, la Journée mondiale de la radio (JMR) rappelle le rôle central de la radio dans l’accès à l’information, l’expression des voix et le partage d’histoires avec le public.

En République démocratique du Congo, la radio communautaire occupe une place particulière. Elle est souvent la première source d’information, parfois la seule, dans des contextes marqués par des contraintes économiques, technologiques et linguistiques. Elle informe, alerte, explique, et le fait majoritairement en langues locales au plus près des communautés.

La JMR constitue ainsi un moment privilégié pour réfléchir à l’évolution de ce média face aux transformations technologiques en cours, notamment l’essor de l’intelligence artificielle (IA).

2. Un nouveau chapitre pour la radio, déjà engagé

L’intelligence artificielle n’est pas une promesse future pour la radio. Elle est déjà présente dans les pratiques médiatiques, en RDC comme ailleurs. Dans de nombreuses radios communautaires congolaises, le fonctionnement quotidien repose sur des équipes réduites, parfois sur une seule personne, qui cumule animation, production, montage, publication et traduction.

Dans ce contexte, les outils d’automatisation et d’assistance technologique ne relèvent pas de l’effet de mode, mais d’une recherche d’efficacité et de continuité du service. Cette réalité est renforcée par l’observation de pratiques existantes à l’international : radios semi-automatisées, systèmes de programmation continue, outils d’aide à la production.

La question n’est donc pas de savoir si l’IA arrive dans la radio, mais comment elle est utilisée et dans quel cadre éditorial.

3. Ce que l’IA peut déjà faire, et ce qu’elle ne doit pas faire

Aujourd’hui, l’IA est capable de transcrire automatiquement des prises de parole, proposer des traductions et des résumés, aider à la recherche et à l’organisation des contenus, soutenir la publication sur le web et les réseaux sociaux.

Ces usages peuvent constituer un appui réel pour les radios communautaires, notamment lorsqu’il s’agit de produire rapidement.

Cependant, l’expérience internationale montre aussi les limites de ces usages. Tout ce qui est techniquement possible n’est pas socialement acceptable. Des expérimentations ont démontré qu’une radio peut fonctionner sans animateurs humains, mais perdre la confiance du public. Or, pour une radio communautaire, la confiance est un capital essentiel.

4. Spécificité des radios communautaires : langue, voix et responsabilité

La radio communautaire ne s’adresse pas à une audience abstraite. Elle parle à des communautés identifiées, qu’elle connaît et qui la reconnaissent. La voix y est centrale : ce n’est pas seulement un son, c’est une personne, une présence sociale, un lien quotidien.

Dans ce contexte, une mauvaise traduction en langue locale n’est pas une simple erreur technique. Elle peut devenir une désinformation, avec des conséquences directes sur les comportements et la cohésion sociale. Une voix artificielle, si elle n’est pas clairement encadrée, peut rompre un lien de proximité construit sur la durée.

L’IA peut assister la radio communautaire, mais elle ne peut ni comprendre les tensions locales, ni saisir les non-dits, ni mesurer les mots qu’il faut manier avec précaution. Cette connaissance relève du jugement humain et de l’ancrage communautaire.

5. Enjeux économiques, professionnels et sociaux

L’argument économique est souvent mis en avant : l’IA permettrait de réduire les coûts. Cet aspect ne peut être ignoré dans un environnement où les radios communautaires opèrent avec des ressources limitées. Toutefois, une radio peut survivre économiquement et mourir socialement si elle sacrifie sa relation avec la communauté.

L’IA ne supprime pas le journalisme. Elle modifie les métiers en allégeant certaines tâches répétitives. Ce qui devient central reste la vérification, l’explication, l’assumption de la responsabilité éditoriale. Le principal risque n’est pas l’IA elle-même, mais son adoption sans compréhension ni cadre collectif.

En RDC, les risques sont concrets : fausses alertes, rumeurs amplifiées, voix manipulées, diffusion de contenus sensibles en langues locales. Ces dérives dépassent la question technologique et touchent à la stabilité sociale.

6. Orientations pour les radios communautaires

À l’occasion de la Journée mondiale de la radio, les orientations suivantes sont proposées aux radios communautaires :

  1. Affirmer la primauté de l’humain dans toute utilisation de l’IA.
  2. Encadrer collectivement les usages de l’IA comme des choix éditoriaux, et non comme des décisions individuelles ou techniques.
  3. Utiliser l’IA comme outil d’assistance, notamment pour la transcription, la traduction et la préparation des contenus, sans lui déléguer la décision finale.
  4. Protéger la langue et la voix locales comme éléments centraux du lien communautaire.
  5. Renforcer la confiance du public, en rappelant que la technologie ne peut la créer à elle seule.

 

L’intelligence artificielle ouvre des possibilités réelles pour la radio communautaire, mais elle ne décide pas de son avenir. Ce sont les choix éditoriaux, la responsabilité collective et l’intelligence communautaire qui détermineront si ces technologies renforcent ou fragilisent la radio.

À l’occasion de la Journée mondiale de la radio, il convient de rappeler un principe fondamental :
l’intelligence artificielle ne doit jamais remplacer l’intelligence communautaire.

5 LEÇONS À RETENIR

L’IA n’est pas une promesse future, c’est une réalité actuelle

La radio avec intelligence artificielle existe déjà. Ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est pas l’arrivée de l’IA, mais la manière dont nous choisissons de l’utiliser.

Tout ce qui est techniquement possible n’est pas socialement acceptable

Une radio peut fonctionner sans humains. Mais elle ne peut pas fonctionner sans confiance. Et la confiance, aucune machine ne la fabrique.

Dans une radio communautaire, la langue et la voix sont sacrées

Une mauvaise traduction peut devenir une fausse information. Une voix artificielle peut casser un lien social. L’IA doit servir la communauté, pas la déconnecter.

L’IA doit augmenter le journalisme, pas le remplacer

Utilisée intelligemment, l’IA fait gagner du temps, améliore la qualité technique, et libère de l’énergie éditoriale.

Utilisée sans règles, elle appauvrit le métier.

L’IA est un choix éditorial et collectif, pas une décision individuelle

Ce n’est ni l’animateur seul, ni le technicien seul, ni la machine qui décide.

C’est la rédaction, la radio, la communauté.

 

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